Vous envisagez d’acquérir, louer, conserver ou céder un bien immobilier au Luxembourg ?
Derrière les façades sereines de ce marché d’exception, juridiquement stable et économiquement attractif, se cache une réalité incontournable : la fiscalité de la détention directe.
En comprendre les mécanismes est plus qu’une simple formalité administrative, c’est disposer des leviers stratégiques pour mieux préserver, développer et transmettre la valeur patrimoniale.
Examinons ensemble les règles qui structurent ce cadre fiscal si singulier.
Le marché immobilier luxembourgeois : entre tensions et opportunités
Au Luxembourg, l’immobilier reste un terrain sensible où la tension entre l’offre et la demande alimente une progression continue des prix au m2 depuis plus de vingt ans.
En cause : la croissance économique soutenue du pays, qui rend ce marché à la fois très compétitif et exigeant..
Ces dernières années, le gouvernement a cherché à insuffler un nouvel élan au secteur : rendre l’accès au logement plus abordable pour les talents indispensables à l’économie, sans pour autant compromettre l’attractivité du pays auprès des investisseurs. Dans ce contexte, certaines pratiques d’acquisition indirecte (via des fonds d’investissement ou des sociétés de gestion de patrimoine familial) ont été progressivement encadrées par la loi afin d’assurer un meilleur équilibre du marché.
Pour des raisons de lisibilité, cet article a pour vocation de traiter les régimes fiscaux associés à la détention directe.
L’acquisition : droits d’enregistrement et crédit d’impôt
Tout achat immobilier (maison, appartement, terrain à bâtir) entraîne, au Luxembourg, le paiement de droits équivalents à 7 % du prix d’achat.
Le régime de droit commun prévoit en effet des droits d’enregistrement de 6 % sur la valeur d’acquisition, ainsi que 1% au titre du droit de transcription.
Dans le cas d’un appartement acquis pour 1,5 million d’euros, la charge fiscale initiale atteint donc 105 000 €, sauf application de régimes spécifiques.
Maîtriser le Bëllegen Akt
Le dispositif le plus connu est le crédit d’impôt sur les actes notariés, communément appelé « Bëllegen Akt ».
Son principe ? L’acquéreur qui établit sa résidence principale dans le bien acheté peut déduire jusqu’à 40 000 € du montant des droits d’enregistrement et de transcription.
Attention : le bénéfice du Bëllegen Akt est accordé une seule fois par personne sur toute la durée de vie du dispositif. Il ne se reconstitue pas à chaque acquisition ou changement de résidence principale. En revanche, si vous n’avez utilisé qu’une partie de votre plafond - prenons 20 000 € sur les 40 000 € disponibles - vous pourrez mobiliser le solde restant lors d’un futur achat, à condition de remplir à nouveau les critères d’éligibilité.
Ainsi, un couple marié ou pacsé peut bénéficier ensemble d’un allègement maximal de 80 000 €, ramenant parfois la taxation initiale à un montant symbolique. Dans le cas de l’appartement acquis pour 1,5 millions d’euros, la charge fiscale finale pour ce couple n’est donc plus que de 105 000 - 80 000 = 25 000 €.
Cette mesure, conçue pour encourager l’accession à la propriété, ne s’applique qu’aux personnes physiques et aux biens destinés à l’usage personnel. Les acquisitions via une société, ou à vocation locative, demeurent pleinement soumises aux taux de droit commun.
La détention : une fiscalité foncière mesurée
Le Grand-Duché se singularise par une imposition annuelle de détention plutôt modérée, via « l’impôt foncier ».
Prélevé par les communes, il repose sur une valeur unitaire cadastrale et des taux communaux (centimes additionnels). Dans les faits, la charge annuelle reste relativement contenue au regard des valeurs de marché, même dans les communes premium.
À savoir : l’impôt foncier au Luxembourg reste relativement modéré, même pour des biens situés à Luxembourg‑Ville. Il se calcule à partir de la valeur unitaire du bien (souvent très inférieure à sa valeur de marché), multipliée par un taux d’assiette (entre 0,7 % et 1 %) puis par un coefficient communal (entre 120 % et 900 %).
Par ailleurs, les personnes physiques ne sont pas assujetties à un impôt sur la fortune sur leurs biens immobiliers privés (possédés en nom propre), un point souvent méconnu, mais central pour une détention de long terme.
Les frais d’obtention liés à l’immeuble sont déductibles du revenu (qu’il s’agisse d’un bien locatif, voire, pour certains postes, d’un bien encore inoccupé) : intérêts d’emprunt, dépenses d’entretien et de réparation, frais de gérance, taxes, primes d’assurance, etc. Des règles spécifiques s’appliquent aux intérêts : ils peuvent être déduits en tant que frais de financement (résidence principale ou bien non encore occupé, selon les cas), dans le respect des plafonds et conditions propres à chaque situation.

La location : intégration des revenus fonciers au revenu global
Lorsqu’un bien est mis en location, les loyers perçus sont assimilés à des revenus fonciers et s’ajoutent aux autres revenus du contribuable. Ils sont ainsi imposés au barème progressif de l’impôt sur le revenu selon une grille qui peut atteindre 45,78 % pour les tranches les plus élevées.
Toutefois, le Grand-Duché permet la déduction d’une bonne partie des charges effectivement supportées par le propriétaire : intérêts d’emprunt, frais d’entretien et de réparation, assurances, taxes locales, amortissements (si applicable).
Amortissement : les principes de base à retenir
Pour les biens locatifs récents, la règle de droit commun retient un amortissement de 4 % (sur un maximum de deux immeubles ou parties d’immeubles affectés à l’habitation locative) lorsque l’achèvement date de moins de cinq ans.
Un abattement fiscal complémentaire de 1% de la base prise en compte pour le calcul est également possible sous certaines conditions et limites.
Au-delà de cinq ans après la date d'achèvement, le taux est de 2% .
Cas d’usage : calcul de base imposable à partir de revenus fonciers luxembourgeois
Vous percevez 60 000 € de loyers annuels et supportez 15 000 € de frais d’obtention (dont intérêts). L’immeuble, achevé depuis trois ans, s’amortit à 4 % sur une base de 1 000 000 € (hors valeur du terrain). Le revenu imposable n’est donc pas 60 000 €, mais 60 000 € – charges – amortissement ; la base imposable n’est donc plus que de 60 000 - 15 000 - (1 000 000 x 4%) = 5 000 euros.. Elle rejoint ainsi vos autres revenus et suit le barème progressif. (Le barème et les plafonds d’intérêts varient selon votre situation familiale.))
Attention : ce régime impose une gestion rigoureuse des justificatifs et une anticipation des incidences fiscales, notamment en cas de loyers élevés combinés à un revenu global déjà important.
La cession : régime des plus-values immobilières
Lors de la revente, une différence majeure apparaît entre usage personnel et investissement locatif.
S’il s’agit d’une résidence principale, la plus-value est totalement exonérée d’impôt, quelle que soit la durée de détention, à condition que le propriétaire ait effectivement occupé le bien jusqu’à la vente.
Pour un bien locatif ou une résidence secondaire, la plus-value est soumise à un traitement fiscal distinct selon la durée de détention.
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Si le bien a été détenu moins de 5 ans (au lieu de 2 ans jusqu’en 2024) : la plus-value est qualifiée de revenu ordinaire et imposée au barème progressif (jusqu’à 45,78 %).
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S’il est détenu au moins 5 ans : elle devient un revenu extraordinaire et bénéficie d’un taux effectif réduit de moitié (soit au maximum 45,78 / 2 = 22,89 %).
À savoir : un abattement de 50 000 euros (doublée pour les contribuables mariés et les pacsés soumis à une déclaration commune) valable tous les dix ans peut être appliquée sur la plus-value.
Si le propriétaire n’est pas résident luxembourgeois, il faudra également prendre en compte l’impact fiscal dans son état de résidence et analyser la convention fiscale applicable.
Cas d’usage : fiscalité applicable sur la cession d’un bien
Imaginons un investisseur qui revend, après cinq ans, un bien acquis 900 000 € et cédé 1,3 million d’euros.
La plus-value brute de 400 000 €, après déduction des frais d’acquisition et d’éventuels travaux, sera imposée non pas au taux marginal plein, mais à un taux effectif correspondant à la moitié du barème progressif du contribuable, soit au taux maximum de 45,78 / 2 = 22,89 % si l’investisseur est dans la tranche la plus élevée.
Transmission : succession et donation
Le Luxembourg offre un régime particulièrement favorable en ligne directe. Aucun droit de succession n’est dû entre parents et enfants (et inversement), quel que soit le montant ou la nature du patrimoine transmis.
En revanche, les donations notariées, obligatoires en cas de donation d’immeuble luxembourgeois sont soumises à des droits d’enregistrement dont le taux varie selon le lien de parenté et les conditions de la donation (à cela s’ajoute des frais d’acte).
En ligne directe, le taux est de 1,8 %, et peut être réduit à 1,2 % en cas de donation avec réserve d’usufruit.
Les droits sont calculés sur la valeur vénale du bien au jour de la donation.
Avantages fiscaux temporaires (2025)
Dans un souci de mobilité du logement, le gouvernement luxembourgeois a introduit un cadre fiscal temporaire particulièrement favorable pour soutenir l’offre locative.
Dans le projet de loi soumis en juin 2025, plusieurs mesures ajustent le régime fiscal des acquisitions destinées à la location :
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un crédit d’impôt location de 20 000 € par personne physique ;
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l’amortissement rehaussé à 6 % ;
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la réduction de moitié de la base imposable en matière de droits d’enregistrement et de transcription ;
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une imposition des plus-values de cession au quart du taux global,
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l’immunisation de la plus-value dans certains cas sociaux ou pour des bâtiments hautement performants sur le plan énergétique (classe A+).
Ces mesures sont réservées aux promesses de vente ou contrats de réservation enregistrés auprès de l’Administration de l’Enregistrement d’ici fin juin 2025, l’acte notarié pouvant intervenir jusqu’au 30 septembre 2025.
La fiscalité immobilière au luxembourg : un cadre prévisible et singulier
Au Grand-Duché, l’immobilier bénéficie d’un environnement fiscal plutôt mesuré, qui permet aussi bien d’encourager la propriété de sa résidence principale que l’investissement locatif.
Dans un marché où la rareté foncière et la stabilité politique soutiennent durablement les prix au m2, la maîtrise de l’ensemble de ces mécanismes fiscaux n’est pas une option, mais une condition sine qua non pour optimiser toute opération d’acquisition, de location ou de transmission.
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Sources :
Information publique sur le crédit d’impôt sur les actes notariés (Bëllegen Akt)
Voir la partie consacrée aux « rental incomes »
https://taxsummaries.pwc.com/luxembourg/individual/income-determination
Guide complet sur la fiscalité des revenus au Luxembourg
https://www.guidedesimpots.lu/product/guide-des-impots-2025/
Informations publiques complémentaires sur l’impôt foncier
Compléments d’informations publiques sur les dépenses immobilières déductibles du revenu
https://guichet.public.lu/fr/citoyens/fiscalite/declaration-impot-decompte/depenses-deductibles.html
Taux actuellement applicables pour l’impôt foncier :
https://www.globalpropertyguide.com/europe/luxembourg/taxes-and-costs
Informations publiques sur la déclaration des revenus fonciers
https://guichet.public.lu/fr/citoyens/fiscalite/immobilier/location/declarer-revenu-location.html
Document récapitulatif des règles fiscales immobilières, parla Chambre des députés
https://wdocs-pub.chd.lu/docs/compilation/docpa/pdf/8470_Dossier_Complet.pdf
Compléments d’informations sur les avantages fiscaux temporaires 2025
